Voyage en Périgord

récit par Jean Laporte

Hébergés à Périgueux, entre le 6 et le 13 mai 2006, 6 d’entre-nous, dont 2 femmes, sont parties à la découverte du Périgord. Inspirés par le chalenge des Provinces françaises de la FFCT, par étapes de 120 km/jour, entre les averses orageuses et les vents, nous avons pointé les 6 BPF de la Dordogne, et 2 BPF des départements voisins. Détails:

Hautefort: par les vallées de l’Isle puis du Loué, nous arrivons à Excideuil. Il est toujours difficile de penser qu’une forteresse médiévale, immense et déserte aujourd’hui, ait pu jouer un rôle d’importance dans une région si banale: vergers de noyers, petites cultures et bois. De là, la route va monter parfois très fort vers Hautefort. Mathieu, dans une forte descente, brise sa potence. Sans frein, il se jette dans le pré en contre-bas avec une décision que tout le monde admire. Rafistollé, le vélo finira mieux que Mathieu qui s’est retourné deux doigts. Avec la détermination et la sûreté qui le caractérise, notre compagnon ira néanmoins tamponner à Hautefort et nous rejoindrons ensemble Périgueux par la belle vallée de l’Auvézère. Pour les soins: vélo et main, il décidera de rentrer. Inédit: nous perdons notre capitaine de route dès le premier jour !

Les Eyzies, Sarlat et Domme: La capitale de la préhistoire des Cro manions devenu lieu de tourisme a beaucoup perdu de sa gravité. Orphelins, désorientés, pour éviter la « Nationale » nous prenons l’option « petites routes » pour rejoindre Sarlat, capitale du Périgord noir de Jacquou le croquant, certains auront du mal à s’en remettre. Petits braquets et british language conseillés, Sarlat est bouffée par les voitures et les européens. Nous nous divisons en deux groupes, l’un encore vaillant, l’autre moins, pour prendre Domme, « l’acropole du Périgord », vieille seigneurie, en tenaille: la manœuvre est bonne pour ceux qui vont se tromper et monter à Domme par le Sud car la pente est moins sévère. Retour pour les uns par la « Nationale », et pour ceux qui persistent dans l’erreur, par la rive gauche de la Dordogne jusqu’à Saint Cyprien par un beau pont romain: beaux vergers, nombreux châteaux dont celui des Milandes(Joséphine Baker), oiseaux dans les joncs de la rivière, pas une côte, pas une voiture. Punition: un col sévère de trois km et une glissade de 10 km qui nous ramène Aux Eyzies. Sans honte aucune !

Brantôme: Les averses successives vont décourager tout le monde cette matinée là. Nous partons à pieds visiter Périgueux. La ville est rébarbative au premier abord. Les seuls qui utilisent les Transports en commun sont les lycéens et les étudiants: les voitures sont partout, une vrai métropole. Andréa en tête nous fait découvrir la ville gallo-romaine et la ville médiévale. Finalement c’est très beau et les photographes sont ravis. La dérégulation du marché sévit en Périgord pour exténuer les producteurs locaux et la gastronomie traditionnelle: le marché local est bien pauvre et les restos sont pourris. La pluie cesse, trois s’équipent et partent pointer à Brantôme en tronquant l’itinéraire. C’est une réussite: la chaussée d’eau et de dalles blanches devant l’abbaye bénédictine du XII°, adossée aux barres calcaires, sous une averse de grêle qui nous salut à l’arrivée est unique; le bonheur des canards est aussi le nôtre. Satellite obligatoire de l’abbaye, le vieux village de Bourdeilles est atteint par la Dronne paisible. Le faux plat interminable du retour est un parterre de Campanules, d’Asters, d’Épilobes.

Montbazillac, Villeréal, Monpazier: Trouver plus petit que le village de Montbazillac tu meures: un chato et un bistreau au bord de la route. Au cœur du vignoble, sur une route de crête, nous savourons l’embellie. Villeréal, première bastide: le charmes des cornières, des charpentes des halles, des colonnades de pierres, de l’ordre des rues coloniales « ombre et soleil ». Monpazier, deuxième bastide: comme c’est bien fait pour y vivre ! A « La tour de Londres », sans égard pour le voyageur, on nous sert le pire repas du séjour. Une traversée sans plaisir nous conduit au collecteur de la Couze, délicieux vallon, chemin du retour vers Montferrand du Périgord, troisième bastide; gavés, nous négligeons Béaumont, quatrième bastide. Une interprétation désinvolte de l’itinéraire de Mathieu nous conduit à finir par des routes de vignes à 20%. Le bistro de Montbazillac en a été bouleversé.

Aubeterre sur Dronne: Après bien des suppositions détrempées par la pluie battante, après de savants calculs sur les reliefs battus par les vents, un itinéraire s’élabore. La journée fut rude. Les conversations du soir plutôt courtes. Je salue l’héroïsme des partants et respectueusement je garde le silence sur cette journée tumultueuse à laquelle je n’ai pas participé.