Voir Brest et revenir

32.7 l’après-midi
C’est sous une chaleur écrasante qu’est donné le départ de l’édition 2011. Personnellement je préfère attendre la dernière vague des « 80 heures », soit vers 16h30 pour m’exposer au soleil. L’avantage est double: d’une part je roulerai moins longtemps avant le coucher du soleil, d’autre part le rythme sera moins soutenu pendant la première étape qui mène à Mortagne (les plus pressés partent à 16h après avoir attendu au soleil depuis le début de l’après-midi).
Passés les premiers kilomètres neutralisés, je fais (re)connaissance avec plusieurs participants. L’ambiance est bonne et l’enthousiasme est sensible dans le peloton. Je reçois même des encouragements inattendus de JPP au sommet de la bosse de Nogent le Roi.
Malgré la vitesse peu élevée de ce départ (cumul du vent défavorable et de la chaleur), les quelques passages en forêt de Rambouillet sont appréciés de tous. Certains spectateurs nous arrosent également au jet d’eau (en plus de refaire le plein des bidons). Finalement la température ne devient supportable qu’à l’arrivée dans le Perche. Il est alors temps de se préparer pour la nuit: se laver abondamment à l’eau fraîche, manger un peu et sortir le gilet réfléchissant.
Nuit chaude
Pour la première fois, je vais rouler toute la nuit en tenue « courte », i.e. sans rien ajouter car la température ne chute que très peu et l’humidité est proche de 100%. Ces trois étapes nocturnes mènent respectivement à Villaines la Juhel, puis à Fougères, « porte de la Bretagne », et enfin à Tinténiac. C’est alors l’heure de faire une pause petit-déjeuner et de mettre le coupe-vent car la température a nettement chuté.
L’enfer d’Armor
Les deux étapes suivantes traversent les côtes d’Armor, qui comme leur nom l’indique, propose une alternance quasi-continue de montées et descentes. Les « grandes » routes sont déprimantes, car avec un vent défavorable assez sensible, il faut sans cesse jouer du dérailleur pour passer les toboggans. Quant aux « petites » routes, le revêtement et l’irrégularité des pentes ne font que faire baisser la moyenne horaire. Personnellement j’économise mes ressources car il reste encore du chemin à parcourir, et les bosses du retour sont toujours plus dures! Je profite du contrôle de Loudéac pour faire un ravitaillement consistant avec des pâtes, car la jauge du carburant commence à baisser. Les étirements et la toilette sommaire permettent également de compléter cette recharge des batteries. Il reste alors à rallier Carhaix, partie probablement la plus usante du parcours malgré les nombreux encouragements (écrits et oraux) tout au long du trajet.
Point culminant
L’arrivée dans le Finistère permet de rompre avec les « petites » bosses. Il faut en effet monter pendant plusieurs dizaines de kilomètres pour rejoindre le point culminant de la Bretagne. La montée s’effectue en deux temps: la route touristique jusqu’à Huelgoat, qui ressemble à une montée de col facile et régulière, puis le long faux plat sur le plateau des Monts d’Arrée. Cette zone désertique est ma partie préférée, même face au vent. En revanche la « descente » vers Brest est interminable et il est impossible de se mettre « en roue libre » à cause du vent et des nombreuses bosses. J’arrive finalement au contrôle de Brest, au centre ville, après voir admiré la célèbre rade et les fortifications. Il s’est écoulé 26 heures depuis le départ de Saint Quentin (comme lors des deux précédentes éditions) et le compteur affiche 625 km parcourus à 28 km/h de moyenne. Après le passage aux toilettes et lavabos, je mange légèrement de manière à pouvoir repartir rapidement et profiter des dernières heures du jour.
Il fera nuit noire lorsque j’atteindrai à nouveau le sommet des Monts d’Arrée et le brouillard épais rend la vision assez difficile. Heureusement le retour vers Carhaix s’effectue par une grande route (et non pas l’itinéraire touristique de l’aller) large et assez rectiligne. Le ciel s’éclaire régulièrement d’éclairs qui n’augurent rien de bon. En effet je finis la dernière partie avant Carhaix sous la pluie et sur chaussée détrempée. Le nombre de vélos sur le parking du contrôle confirme cette dégradation soudaine de la météo: les cyclistes qui reviennent de Brest et surtout la grosse majorité des « 90 heures » qui arrivent de Carhaix saturent la capacité des bâtiments: les corps endormis jonchent le sol et l’attente aux douches est de 30 minutes! Je me contente donc d’un décrassage dans les toilettes, d’un bol de potage, d’une assiette de riz, et d’une sieste entre les tables et chaises du réfectoire en attendant une accalmie.
Le gris est mis
Je repars vers 2 heures du matin en direction de Loudéac, sur les mêmes routes étroites et sinueuses qu’à l’aller. Le pilotage demande une grande lucidité car le marquage horizontal est minimaliste et les phares des cyclistes qui vont vers l’ouest sont très nombreux et souvent éblouissants (l’avènement des LED puissantes n’est pas forcément un progrès dans ce cas!). Je fais une seconde sieste à mi-étape environ, au « point accueil » de Saint Nicolas du Pélem, une des nouveautés de cette édition 2011. Je m’allonge sur un banc sous le chapiteau et me repose bien mieux qu’à Carhaix. J’aurai ensuite la chance ne plus essuyer d’averses et arrive enfin à Loudéac avec la lumière timide du jour (les nuages restent épais et menaçants). Je remplis mes bidons et mon estomac puis repars serein, car le plus dur est désormais derrière moi.
La journée du mardi restera grise: le vent de sud à sud-est, donc plutôt favorable, ne dispersera jamais les nuages. C’est en fait une très bonne chose car la température reste quasi identique à celle de la nuit: conditions idéales pour rouler, i.e. consommation d’un litre aux cent kilomètres. L’arrêt à Tinténiac est assez court car je préfère poursuivre jusque Fougères, distant de seulement 60 km pour faire une pause plus conséquente. Mon menu ne varie pas beaucoup: riz, potages et pain, suivi d’une sieste dans l’herbe pour la digestion.
Je suis réveillé par quelques gouttes: le ciel s’est en effet très assombri et il est temps de repartir si je veux rallier Villaines avant la nuit. Cette étape est beaucoup plus touristique avec notamment les traversées d’Ambrières les Vallées et Lassay les Châteaux. De plus la Mayenne est mon département favori du parcours: les villages sont décorés et les supporters sont nombreux. J’arrive finalement à Villaines pour le coucher du soleil, dans une ambiance très animée: musique dans les rues, commentateur qui annonce les numéros des arrivants et public qui applaudit et encourage tous les cyclistes.
Jusqu’au bout de la nuit
L’étape qui mène à Mortagne est longue (90 km) et relativement difficile, surtout dans la deuxième partie. Je préfère donc partir « frais », c’est-à-dire après avoir dormi et m’être un peu lavé. Je mets également mes jambières et des manches longues car l’arrivée dans le Perche est toujours fraîche. Le passage à Mamers est très agréable: le club des cyclos a installé un ravitaillement très bien fourni et propose même des lits dans une salle communale. Je profite bien des biscuits et du chocolat, ainsi que des toilettes! Arrive enfin Mortagne, où je mange et me repose à nouveau car je souhaite aborder les bosses jusque Longny dans de bonnes conditions. Ce sont ensuite de grands boulevards pour terminer la nuit: forêt de la Ferté Vidame puis les champs de la Beauce. Même sans pouvoir lire mon compteur, je sens que la moyenne remonte sensiblement. Cela commence à sentir l’écurie et l’arrivée à Dreux avec le soleil est déjà un avant-goût de l’arrivée finale.
Le bonheur est dans le 78
L’arrivée au contrôle de Dreux est l’opposée de celle de Villaines: il n’y a quasiment personne et le gymnase est d’un calme redoutable. Je suis attiré par l’odeur des viennoiseries qui sortent du four et m’assois à l’une des seules tables où attendent quelques « assistances ». C’est l’occasion de s’informer sur les actualités de l’épreuve. A l’extérieur la journée s’annonce belle. Je range donc ma tenue nocturne et repars plus léger pour cette ultime étape. Les derniers kilomètres en Eure-et-Loir sont faciles et agréables: ce sont de petites routes « à lapins » qui sillonnent la Beauce. Je rejoins un cycliste retraité avec qui nous discutons de notre parcours et partageons nos impressions. Nous nous quittons à l’arrivée dans la forêt de Rambouillet, avec ses routes plus variées et les ultimes difficultés du parcours. A la sortie de la forêt, il ne reste alors qu’à parcourir une trentaine de kilomètres et à savourer le bonheur du retour. Je croise de nombreuses escortes des clubs locaux (Trappes, Maurepas, Flins…) qui viennent chercher leurs participants et saluer les arrivants. J’ai d’ailleurs la surprise d’apercevoir les couleurs du COU: c’est JPP qui vient à ma rencontre. Avec la discussion, je ne vois pas passer les derniers kilomètres. C’est sous un franc soleil que nous arrivons finalement sur les grandes avenues de Montigny, et enfin le rond-point des Saules où est la ligne d’arrivée de cette longue randonnée vers la Bretagne.
Epilogue
Cette troisième participation aura été la plus facile, grâce à la connaissance du parcours et surtout aux conditions météo. La première mi-temps a concentré toutes les difficultés (chaleur, vent défavorable, pluie), alors que la seconde mi-temps n’a fait que s’améliorer: depuis Loudéac, la température et le vent étaient parfaits pour finir.
Les regards se tournent maintenant vers la 18ème édition… mais d’ici 2015, il y aura bien d’autres moments forts à vivre sur le vélo.